22 août 2011

Chateau Gaillard, Les Andelys

Château Gaillard est une forteresse médiévale aujourd’hui en ruine au cœur du Vexin normand. Il constitue un morceau d’histoire de France qui domine la vallée de la Seine, mêlant Richard Cœur de Lion et les rois maudits en haut d’une falaise de calcaire. Château-Gaillard a plus de 800 ans. Il devrait son nom à Richard Cœur de Lion qui, le voyant achevé, aurait dit « Que voilà un château gaillard ! ».

Vous vous rappelez la vie extraordinaire de Richard Coeur de Lion, l’ami de Robin des Bois, telle que Walter Scott la raconte dans Ivanhoé ? Non !? Eh bien le Château-Gaillard est le lieu où ces récits romanesques rejoignent l’Histoire. Car cette forteresse a été désirée, conçue et bâtie par le bouillant Richard, duc de Normandie et Roi d’Angleterre, plus connu sous le surnom de “Richard Cœur de Lion”. Un surnom qu’il a gagné à la croisade grâce à sa bravoure. Ce château fait d’ailleurs l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862.

Château-Gaillard est le témoin, près 800 ans plus tard, de l’existence réelle de ce personnage de légende. Dans les pierres de cette cité médiévale, on peut encore lire certains traits de caractère de Richard. Comme son créateur, le château-fort des Andelys donne une image de force et de puissance, d’invincibilité. La forteresse réputée imprenable n’a pourtant connu qu’une vie très brève, tout comme Richard, trop confiant dans ses talents de guerrier.

La construction de la forteresse s’inscrit dans la lutte que se livrent depuis les années 1060 les rois de France et les rois d’Angleterre, alors maîtres incontestés de la Normandie. En 1189, Richard Ier dit Richard Cœur de Lion hérite des couronnes de son père Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre et duc de Normandie. Le roi Philippe II de France, jusque-là allié de Richard, s’éloigne de lui. Ils partent toutefois ensemble dès l’hiver 1190-1191 en croisade pour la Terre sainte. Mais après quelques mois, Philippe Auguste retourne dans son royaume de France et profite de l’absence de Richard pour entamer la conquête de la Normandie. Dès son retour, le roi d’Angleterre entreprend avec énergie de récupérer la suprématie sur la frontière orientale de son duché de Normandie. Après avoir battu l’armée du Capétien à Fréteval près de Vendôme, il conclut un traité de paix avec son rival en 1196. Richard consent notamment à la perte de plusieurs places fortes parmi lesquelles Gaillon et Vernon. La frontière orientale du duché est du coup fragilisée. Le roi d’Angleterre doit construire une nouvelle forteresse pour barrer la route de la Seine à la prochaine offensive des Français. Le choix des Andelys par Richard pose un double problème : d’une part, le lieu appartient à l’archevêque de Rouen ; d’autre part, le roi d’Angleterre n’a pas le droit de fortifier l’endroit selon les termes du traité de 1196. Mais, il n’a pas le choix s’il veut défendre la vallée de la Seine. Il passe donc outre les oppositions. Ce qui lui valut les foudres de l’archevêque Gautier de Coutances. Finalement, un compromis fut conclu en octobre 1197 : Richard offrit au prélat plusieurs terres ducales contre la possession des Andelys. L’échange était particulièrement favorable à l’Église.

 

Pressée par l’imminence d’un retour de la guerre, il est difficile de croire, quand on contemple l’imposante forteresse, que sa construction n’a duré qu’un an. C’est pourtant un fait historique. On imagine le site grouillant de milliers d’ouvriers, plus de 6000 environ ! Obligés de travailler d’arrache-pied pour parvenir à un tel exploit. Les travaux débutés en 1197 sont achevés en 1198. Richard, qui y a consacré une somme colossale, environ 45000 livres, et peut alors s’exclamer : “Qu’elle est belle, ma fille d’un an ! Que voilà un château gaillard !” lors de sa possession des lieux.

En effet, la bastille a de quoi impressionner celui à qui elle doit faire obstacle, le roi de France Philippe-Auguste, dont les terres s’étendent jusqu’à Gaillon, à une dizaine de kilomètres seulement. Château-Gaillard est le verrou qui doit l’empêcher de prendre la Normandie.

Richard a soigneusement choisi le site où  bâtir sa place-forte. Aux Andelys, la Seine décrit un méandre assez serré. Dans la courbe, face à la presqu’île, une falaise d’une centaine de mètres de haut s’avance comme la proue d’un navire au-dessus du fleuve. Une langue de terre rattache cet éperon au plateau qui s’étend par derrière.

Richard va tirer le meilleur parti de cette position stratégique. Le seul côté par lequel on peut attaquer le château, c’est le côté du plateau. Tout un système de défenses successives qui s’emboîtent à la manière des poupées russes est donc mis en place de ce côté. Le donjon, l’ultime retraite, est retranché au-dessus de l’à-pic qui domine le fleuve.

Château Gaillard est en pierre. Il s’en distingue par la complexité de son plan. Le château ne ressemble pas aux forteresses construites ou améliorées dans la première moitié du xiie siècle, par le roi Henri Ier. Ces dernières se présentaient généralement sous la forme d’un grand rempart de pierre enfermant un vaste espace ; un donjon carré ou une porte fortifiée complétait le dispositif défensif. Château Gaillard s’organise en multiples volumes, emboîtés ou presque indépendants les uns des autres. L’objectif est clairement de multiplier les obstacles afin d’épuiser l’assaillant. Cette disposition permet également d’entraver la progression des machines et nécessite moins de défenseurs.

Richard installe le château sur un éperon rocheux dominant la Seine d’environ 90 mètres. Le site n’est toutefois pas l’endroit le plus haut du secteur puisqu’au sud-est s’étend un plateau qui le domine de 50 mètres.

Le système défensif dépassait de loin la seule forteresse que nous voyons aujourd’hui et bloquait littéralement le fleuve. Au pied du château, le bourg fortifié de la Couture, embryon du Petit Andely, avait été créé. De là, un pont enjambait la Seine et prenait appui sur une île fluviale qui accueillit un petit château polygonal. Quelques centaines de mètres en amont du fleuve, une triple rangée de pieux empêchait la descente des navires. Deux mottes castrales servaient d’avant-postes : la tour de Cléry sur le plateau et celle de Boutavent dans la vallée. Au centre, le poste d’observation magistral et imprenable, le Château-Gaillard appelé aussi château de la Roche / de la Roque en normand. L’ensemble avait pour vocation de verrouiller la boucle de la Seine en amont de Rouen en cas de danger.

Face au plateau, un ouvrage avancé de forme triangulaire, hérissé de cinq tours, constitue la première défense de la forteresse. Un large fossé de 12 mètres de profondeur l’entoure.

Si l’ennemi parvient à se rendre maître de cette bastille, il se heurtera à de hautes murailles d’enceinte. Il lui faudra franchir ce rempart crénelé pour arriver dans la basse-cour, puis devant le château proprement dit, protégé par une seconde enceinte entourée d’un second fossé.

Richard a vu son château fini, mais il ne l’a pas vu vaincu. En effet l’intrépide guerrier meurt un an plus tard, le 6 avril 1199, alors qu’en plein Carême, il attaque le château de Châlus, près de Limoges. La petite histoire raconte que c’est parce que son vassal ne voulait pas lui remettre un bas-relief en or trouvé sur ses terres. Richard est atteint à l’épaule par une flèche tirée par un défenseur du château de Châlus. Le duc-roi succombe à sa blessure 13 jours plus tard à Rouen.

C’est Jean sans Terre, son frère, qui prend sa succession. Il signe d’abord un traité avec Philippe-Auguste, où il se reconnaît vassal du roi de France pour tous ses fiefs sauf l’Angleterre. Le rusé Philippe-Auguste voit loin : il pourra confisquer les terres si son vassal se comporte mal. Ce que Jean ne manque pas de faire dès 1202. Jugé par contumace par les nobles de France pour désobéissance au roi, il est condamné à la confiscation de tous ses biens. Il ne reste plus qu’à appliquer la sentence : Philippe-Auguste se lance à la conquête de la Normandie.

Le roi reprend l’offensive contre la Normandie et en août 1203, il s’empare de l’île d’Andely et du bourg de la Couture, abandonné par sa population. Non loin, les Anglo-Normands abandonnent sans combat le château du Vaudreuil puis c’est au tour du château de Radepont de tomber. L’estacade est détruite, rendant la navigation sur la Seine possible. La route de Rouen est ouverte pour les Français. Donc, quand en septembre, Philippe entreprend le siège du château Gaillard, la forteresse n’est plus si indispensable à prendre. Elle reste toutefois pour le roi de France ce symbole de Richard Cœur de Lion à abattre.

Philippe Auguste entoure la forteresse d’un double fossé de circonvallation qu’il hérisse de 14 beffrois. Les 1700 habitants et défenseurs du bourg courent se réfugier au château. Jugeant que la forteresse est trop difficile à prendre d’assaut, Philippe-Auguste décide d’en faire le siège qui affamera la garnison et la population retranchées. Il installe ses troupes tout autour. Jean sans Terre, qui se trouve à Rouen, ne réagit pas.

Dans la forteresse, le gouverneur Roger de Lascy fait de son mieux et se montre prêt à résister le temps qu’une armée de secours envoyée par Jean sans Terre le débloque.. Il compte ses vivres : de quoi tenir un an, à condition de ne pas garder toute la population qui s’est entassée dans le château. Les Français laissent s’enfuir mille personnes,  mais Philippe-Auguste se met en colère. Les derniers réfugiés, chassés du château, ne peuvent pas franchir les lignes des assiégeants. Ils errent pendant des jours entre les deux camps, jusqu’à y mourir de faim et de froid. C’est l’épisode tragique des “bouches inutiles”.

Mais ce n’est pas la famine qui assure au roi de France la prise de Château Gaillard. Il tire parti des « erreurs dans la conception même de la forteresse, qui vont apparaître au fur et à mesure de la progression de l’assaut ». Les Français attaquent d’abord la grosse tour qui domine l’ouvrage avancé. Son écroulement oblige les défenseurs à se replier dans le château proprement dit. La légende voudrait que les Français soient entrés dans la basse-cour par les latrines. A la lumière du récit de Guillaume le Breton, ils se seraient introduits par l’une des fenêtres basses de la chapelle que Jean sans Terre avait fait construire bien mal à propos. Les assaillants débouchent dans la basse-cour tandis que les défenseurs s’enferment dans le donjon. Mais comme un pont dormant relie la basse-cour au donjon, les mineurs français n’ont pas de grandes difficultés à s’approcher de la porte. Un engin de jet l’enfonce finalement. La garnison comprenant 36 chevaliers et les 117 sergents ou arbalétriers se rend le 6 mars 1204. Le siège a coûté la vie à quatre chevaliers. Le champ est désormais libre au roi de France pour achever la conquête du duché de Normandie. Conquête facilitée par l’abattement moral chez les Anglo-Normands, consécutif à la chute de Château Gaillard. Le duché tombe entièrement en juin 1204.

Pendant les guerres de religion, les Ligueurs s’enferment dans le château alors sous le commandement de Nicolas II De La Barre De Nanteuil. Henri IV s’en empare en 1591 après presque deux ans de siège. En 1595, les États de Normandie demandent au roi la démolition de l’édifice afin d’éviter qu’une nouvelle bande de soldats s’y retranche pour piller la région. Henri IV accepte. En 1603, les Capucins des Andelys sont autorisés à prendre des pierres pour la réparation de leur couvent. Autorisation donnée également sept ans plus tard aux Pénitents de la ville. Les deux communautés religieuses s’attaquent en priorité aux courtines de la basse-cour et de l’ouvrage avancé. La destruction est interrompue en 1611 puis reprise sous l’égide de Richelieu. Le cardinal ordonne l’arasement du donjon et de l’enceinte de la haute-cour.

 

En 1852, Château-Gaillard est classé parmi les Monuments historiques. Il entre dans les guides touristiques vantant les ruines romantiques de la Normandie, au même titre que l’abbaye de Jumièges et les châteaux de Lillebonne, de Gisors ou de Tancarville. En 1885-1886, l’architecte G. Malencon, puis vers 1900, l’archéologue Léon Coutil, sont chargés de dessiner un relevé des vestiges. Plusieurs fouilles et sondages ont permis de mieux connaître le château. Si son plan est maintenant bien connu, il reste des incertitudes sur son histoire et sur l’origine de certains perfectionnements architecturaux.

 

Merci à Wikipédia pour mes recherches historiques

Hop, la visite est terminée et le petit guerrier normand rentre au chateau

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    One Comment

  • cosinus 28 août 2012
    Reply

    Je suis agréablement surpris de constater sur vos splendides photos que l’enceinte de la Haute Cour est restaurée ! J’espère que le Donjon, pièce la plus impressionnante du château sera lui aussi restauré et aménagé pour les visiteurs. Dans ce cas, je sens que je vais souvent aller aux ANDELYS !! Merci !!

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